La femme dans le saint Coran

femme dans le saint Coran : Nature et fonction

A partir du verset : " Leur Seigneur les a exaucés vœu : Je ne laisse par perdre l'action de celui qui parmi vous, homme ou femme, agit bien. Vous dépendez les uns des autres." (Âl Imrân : 195). Causerie religieuse présentée par Mme. Farida Zomorroud, dans le cadre des conférences religieuses présidées par Sa Majesté Amir Al mouminine le Roi Mohammed VI.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Louange à Dieu, Seigneur des univers ; Grâce et Paix divines sur le meilleur des Prophètes et Messagers sidna Mohammed, sur sa famille et tous ses compagnons. Grâce par laquelle Dieu raffermit nos déterminations, récompense la oumma et dont l'évocation renforce notre religiosité.

Sire, Commandeur des croyants ;

Si l'évocation de Dieu -soit exaltée Sa transcendance- inspire le dynamisme des cœurs, l'éveil des esprits et la renaissance des communautés, je tiens à exprimer ma gratitude au Très-Haut qui Vous a permis de réunir ces  honorables cénacles où Vous avez consacré une place à la participation féminine, appliquant ainsi les enseignements du Livre Saint et ceux de la Tradition du Prophète(Dieu le bénisse et le sauve), animé par la volonté d'accomplir tout le bien.

La causerie que j'ai l'honneur de présenter devant Votre Majesté s'insère dans le cadre de Votre ferme détermination de rendre justice à la femme à plus d'un niveau. En effet, Vous lui avez permis d'accéder à des responsabilités gouvernementales et parlementaires, vous avez instauré un code de la famille qui réglemente les rapports entre les deux sexes et récemment vous avez pris la décision de prendre une initiative nationale pour le développement humain qui met la personne, avec ses deux composantes, au centre de toute action de développement, voire de sa finalité.

Le choix du sujet de cette causerie m'a été dicté par deux raisons :  la première c'est que le développement humain ne saurait être réduit à la simple accumulation des richesses matérielles et à la recherche des divers moyens de luxe par les nations qui, en fait, bouleversent aussi bien la nature humaine que la fonction de l'homme dans la société. La deuxième est que la femme est une force active et un agent de renforcement de toutes les mutations sociales engendrées par le développement. J'essaierai donc, à partir du verset coranique cité plus haut, de mettre en évidence l'image idéale que le Coran présente  de la femme aussi bien dans sa nature que dans sa  fonction. Mon intervention sera par ailleurs une suite à celle qu'a présentée la femme savante qui a inauguré cette participation, avant moi, sous l'égide de Votre Majesté. J'ai choisi d'aborder le sujet selon une approche méthodologique propre basée essentiellement sur l'examen de certains concepts coraniques relatifs à la femme. Ainsi, pensé-je, se dégagent les significations à partir d'une analyse inductive du concept en question dans le Coran, pris, parfois en tant que tel parfois dans sa relation avec d'autres ou encore à travers les questions qu'il soulève à propos de la femme considérée sous le double aspect que j'ai évoqué plus haut.

Le sujet évoluera donc selon les trois axes principaux suivants :

1-Sens général du verset à partir d'une définition de ses termes dans leur contexte tant au niveau de la parole que du discours. 

2-La nature de la femme  dans le Coran entre discrimination et égalité

3-La fonction de la femme entre la vision absolutiste et l'autre restrictive

Par souci d'éclaircissement pour tout ce qui précède, j'essaierai de mettre l'accent sur certains concepts féminins employés dans le Coran en les accompagnant de quelques commentaires exégétiques pour enfin aboutir à ce principe coranique de complémentarité entre l'homme et la femme sur les deux niveaux. 

1- Sens général du verset :

Le verset en question se situe dans le dernier segment de la sourate Âl Imrân. Il résume l'état de ceux qui doués d'intelligence méditent au sujet de la création des cieux et de la terre puis s'adressent à Dieu en le priant de les préserver du châtiment, tout en reconnaissant avoir choisi le chemin de la foi et en prononçant des paroles de repentir. Le verset vient en fin de compte leur annoncer que Dieu les exauce : « Leur Seigneur les a exaucés: Je ne laisse pas perdre l'action de celui qui  parmi vous, homme ou femme, agit bien. Vous dépendez les uns des autres» (Âl Imrân ; v.195). D'après le contexte, le verset est en liaison avec l'invocation qui le précède tel que le prouve le terme d'exaucement qui l'introduit. Le sens en est que Dieu peut exaucer la prière de tout être humain, homme ou femme. Ainsi le verset insiste sur l'égalité de rétribution de tout acte accompli aussi bien par un homme que par une femme. Quant à la précision textuelle des deux sexes, elle s'explique par le contexte du verset(asbâb an-nuzûl).

Al Hâkim a rapporté d'après Ibn Abî Omar, d'après Soufyân b. ‘Ouyayna, d'après ‘Amr b. Dînâr, d'après Salama b. Abî Salama(l'un des fils d'Oum Salama), d'après Oum Salama(Dieu l'agrée) qui avait demandé:"Ô Messager de Dieu ! Au sujet de la hijra(émigration vers Médine), je n'ai pas entendu Dieu évoquer les femmes" ; et Dieu fit descendre ce verset. Al Hakim a rapporté ces propos dans son Moustadrak en en confirmant l'authenticité selon les normes d'Al Boukhârî. At-Thirmidhî, de son côté les a rapporté dans ses Sunan. Dans son commentaire exégétique, Ibn Jarîr at-Tabarî a reproduit cette même version selon deux voies d'après Ibn ‘Ouyayna, puis il en a cité une autre d'après Moujâhid, d'après Oum Salama qui demanda : « Ô Messager de Dieu ! Dans le contexte de la hijra, les hommes sont évoqués sans qu'il en soit de même pour les femmes » ; et Dieu fit descendre ce verset. Le verset est donc descendu en réponse à la question d'une femme au sujet de la rétribution des femmes pour leur émigration avec le Prophète vers Médine(hijra), sachant que le Coran, jusqu'alors, n'avait pas nommément cité les femmes en parlant de la hijra. Ainsi, la réponse est venue confirmer la récompense de toute bonne action en général, y compris celle de la hijra, indépendamment de qui l'accomplit, homme ou femme. C'est pourquoi la suite du verset vient en compléter le contexte en disant : " Ceux qui ont émigré, ont été expulsés de leurs demeures et ont souffert sur Mon chemin" et la suite du verset.

Ainsi, à partir de la règle selon laquelle l'on tire les conclusions selon la généralité du terme et non de la particularité de la cause, et étant donné que le terme « action » est employé dans son sens absolu, le sens du verset s'élargit pour signifier que Dieu -soit exaltée Sa transcendance - ne néglige point la rétribution de toute bonne action, quelle qu'elle soit et accomplie par qui que ce soit (l'action de tout agissant parmi vous). La particule arabe « min » qui précède « dhakar wa unthâ » est employée pour préciser que la règle s'applique bel et bien aux deux sexes à la fois.

Dans ce verset la femme est désignée du terme "femelle" (unthâ) au lieu d'autres synonymes habituellement employés dans le discours coranique tels que femme au singulier ou au pluriel, épouse...Le terme est donc employé à dessein pour signifier, entre autres, la mise en valeur de la nature physique de la femme par rapport à celle de l'homme puisque chacun des deux sexes possède ses caractéristiques propres qui le distinguent de l'autre, ainsi qu'en témoigne le noyau signifiant du terme « unthâ » (femelle) qui comporte des allusions à la fragilité et la fécondité. Le terme « dhakar » (mâle), en revanche renvoie à la fermeté et la puissance. Mais malgré cette différence, les deux termes se rencontrent sur d'autres aspects que désigne clairement le verset en question : « Je ne laisse par perdre l'action de celui qui parmi vous, homme ou femme... » indépendamment du sexe, avec une hiérarchie dans l'ordre des termes qui fait placer d'abord le thème de la ressemblance  (parmi vous) avant celui de la différence (homme ou femme). Comme renforcement de cette ressemblance, l'énoncé coranique est clos par l'expression : «Vous dépendez les uns des autres », affirmation de l'unité du genre et de l'appartenance à la même origine, au partage de la même religion et des mêmes bonnes oeuvres.

Maintenant, la question qui se pose est la suivante : le concept de féminité, considéré par l'usage comme correspondant à celui de masculinité, exige-t-il une distinction spécifique entre la femme et l'homme ou plutôt une égalité spécifique dictée par la parole divine : « vous dépendez les uns des autres » ?

2-Nature de la femme entre discrimination et égalité:

Le terme « femelle » (unthâ) a été utilisé trente fois dans le Coran un grand nombre de ses récurrences est lié à la question de la création de l'univers et de l'homme. Ceci se manifeste à deux niveaux :
Le premier se situe dans le cadre de la théorie de la création et de la procréation où l'homme est considéré comme faisant partie de l'ensemble des êtres vivants, obéissant aux mêmes règles universelles, parmi lesquelles la création à partir d'un mâle et d'une femelle (( Par la nuit et son occultation ; Par le jour et son illumination ; Par ce qui a créé le mâle et la femelle))). L'unité des deux sexes est fondée sur une création provenant d'une même origine. La finalité en est la connaissance mutuelle des humains : (( Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle et avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez mutuellement . Le plus noble d'entre vous, au regard de Dieu, est le plus pieux)).(Al hujurât : 13). Par suite de l'origine de la création ainsi que de la fin qui en est attendue, les deux sexes ne diffèrent en rien. C'est au niveau de l'action menant à cette fin, et de la manière de se la représenter qu'apparaissent les différences selon la particularité propre à chacun; ensuite s'établit la distinction selon le degré de piété atteint.

Le deuxième concerne les fonctions biologiques avec toutes les caractéristiques propres à la femelle : grossesse, accouchement et tous les phénomènes psychologiques et biologique qui s'y rattachent. Parmi les versets coraniques traitant de ce sujet, on cite : (( A Lui revient la connaissance de l'Heure.; Aucun fruit ne sort de sa gousse, aucune femelle ne conçoit ni ne met bas sans qu'Il n'en est connaissance )).(Fussilat :.46). Dans le même contexte se référant aux caractéristiques propres à la femelle, le Coran distingue de façon claire la similitude des deux sexes en le faisant dire à la femme de Imrân qui venait de mettre au monde Maryam : (( Lorsqu'elle l'eut mit au monde, elle dit : Seigneur, voilà que j'ai mis au monde une fille ; or Dieu savait mieux ce qu'elle avait mis au monde ; le garçon n'est pas semblable à la fille)). (Âl Imrân :36). S'adressant ainsi à Dieu, la femme de Imrân craignait de ne pas respecter l'engagement qu'elle avait pris de consacrer ce qu'elle portait dans les entrailles au service du Temple, puisqu'elle savait que la femelle ne posséde pas les aptitudes du mâle pour assumer cette charge. Mais Dieu savait mieux ce qu'elle avait mis au monde. Elle avait enfanté la femelle dont Lui-même s'était chargé, lui accordant la force requise pour cette tâche, sans faillir à son engagement : (( Chaque fois que Zacharie allait la voir dans le Temple, il trouvait auprès d'elle la nourriture nécessaire. Il lui disait : « O Marie, d'où cela te vient-il ? -Cela vient de Dieu », dit-elle. Dieu attribue à qui Il veut sa subsistance sans compter )). (Âl Imrân : 37).

L'image de la femme tracée par le Coran dans le concept de féminité n'affirme aucune discrimination qui la rendait inférieure à l'homme tout comme elle fait remarquer qu'elle n'a pas de similitude absolue avec celui-ci. Ainsi elle se trouve dotée d'une spécificité qui la met dans une relation de complémentarité avec l'homme; de cette manière ils forment tous les deux un ensemble qui s'insère harmonieusement dans la structure de l'univers créé par Dieu. C'est cette image qui a présenté au monde un modèle sans précédent de la nature de la femme. Aussi a-t-elle joui tout au long des ères brillantes de l'islam de la plus honorable des situations et de la plus grande dignité malgré les interprétations avancées parfois par certains exégètes, qui n'ont pas décelé la signification correcte des concepts coraniques relatifs à la femme.
On cite par exemple leur interprétation du verset concernant les bijoux(al hilya) dans la sourate az-Zukhruf ((et quoi ! Un être élevé parmi les  bijoux, imprécis dans la discussion !)) qu'il présentent comme preuve de l'impuissance de la femme et de sa frivolité. Ibn Kathir commenta le verset ainsi : « La femme est incomplète et elle comble cette lacune en portant des bijoux depuis son enfance et en cas de dispute, l'expression lui fait défaut; elle est plutôt impuissante et stupide ». Dans Adwâ' al Bayân, on lit ceci : « Tout le monde attribue à la femelle toutes sortes de parure afin qu'elle compense le défaut de création qui est sa féminité, contrairement à l'homme dont la beauté naturelle de mâle le dispense du port de toute sorte de parure ».

En vérité, le verset vient clore un segment coranique qui évoque l'attitude des arabes de l'époque préislamique à l'égard de la femme et de leur croyance erronnée  d'attribuer des filles à Dieu :((Ou bien se serait-Il attribué des filles parmi ce qu'Il a créé et vous a accordé par préférence des fils ? Or quand on annonce à l'un d'eux la naissance d'une semblable qu'il attribue au Tout Miséricordieux, son visage s'assombrit d'un chagrin profond. Quoi ! Un être élevé parmi les colifichets, imprécis dans la discussion !)) (A-Zukhruf : 15, 16, 17). L'objectif du verset est de dénoncer la stupidité des pratiques de la jahiliya. On sait, par ailleurs, que d'autres versets ont décrété une vérité immuable qui sert de base de référence à l'interprétation du verset en question, à savoir ce caractère qui qualifie l'homme, au sens générique, de « contestataire déclaré ». Dans la sourate an-Nahl, Dieu, le Très Haut, dit : ((Il a créé l'homme d'une goutte de sperme et voilà l'homme contestataire déclaré))( sourate An-Nahl :4). Dans la sourate Yâsîn, on lit :(L'homme ne voit-il pas que Nous l'avons créé d'une goutte de sperme et voilà que l'homme devient un contestataire déclaré)) (Yâsîn : 76). Le verbe « élevé », cité plus haut dans le sens d'éduquer, tel qu'il a été lu par Hamza, al Kasâ'î, Khlaf et Hafs, indique l'influence d'une éducation qui laisse subsister chez la femme quelques points de faiblesse comme l'incapacité de s'exprimer lors d'une cntestation, que dans le cas où elle aurait profité des moyens d'éducation et d'instruction accordés à l'homme, elle aurait pu acquérir cette aptitude. Les exemples sont nombreux à ce propos : Âicha -Dieu l'agrée- , à l'âge de dix-huit ans, avait de bonnes connaissances en médecine, en histoire et en théologie ; par ailleurs, une femme avait réussi à convaincre Omar -Dieu l'agrée-  au terme d'un débat au sujet de la valeur de la dot.

Parmi les termes coraniques encore faussement interprétés, celui de « ruse » attribué aux femmes dans le verset suivant : ((Puis quand il (le maître) vit la tunique déchirée par derrière, il dit : «  voilà vraiment une de vos ruses feminines: votre ruse est vraiment énorme !)) (Yûsuf : 28). Certains y voient que la ruse est liée à la femme qui, selon eux, serait de nature maléfique. Certains sont allés jusqu'à considérer les stratagèmes et les ruses des femmes plus graves que ceux de satan, en se basant sur une comparaison entre le verset suivant : ((Votre ruse est vraiment énorme)) et le verset 76 de la sourate An- Nisâ : ((la ruse du diable est, certes, faible)). Cette interprétation a été avancée par az-Zamakhcharî, al Qortobî, al Aloûsî et d'autres.

Cependant, la notion de ruse dans la terminologie coranique est plus vaste que cela. Le terme ruse a trente-cinq récurrences dans le Livre Saint, cinq seulement se rapportent aux femmes. Pour le reste, leur emploi comporte une charge sémantique négative quand il se rapporte à satan ou aux mécréants et associateurs, tantôt avec une charge sémantique positive quand il se rapporte à Dieu, comme dans le verset suivant ((Et Je leur accorderai un délai, car Mon stratagème est solide)) (Al Arâf : 183), ou encore lorsqu'il est attribué aux prophètes comme c'est le cas d'Ibrahim avec son peuple :((Par Dieu ! je jouerai un tour à vos idoles une fois que vous serez partis)) (Al Anbiyâ :57). D'après ces récurrences, l'on constate que le recours à la ruse, attribué à l'homme en général, quand il ne comporte pas de valeurs positives, est un acte qualifié d'égarement, d'échec, de faiblesse et de ruine. La ruse dont peut user la femme ne sort pas de ce cadre qui, selon le contexte pourrait être jugé, soit positivement soit négativement : si la ruse de la femme d'Al Azîz est un acte blâmable, celle de Balqîs, reine de Saba, est louable puisqu'elle avait évité à son peuple une guerre perdue d'avance contre Soulayman à qui elle était soumise en embrassant sa religion. D'ailleurs le premier stratagème dirigé contre Yousouf fut une machination faite par des hommes, par ses propres frères : ((« Mon fils, dit-il, garde-toi de narrer ta vision à tes frères, afin qu'ils ne trament point contre toi une ruse. Satan est un ennemi déclaré pour l'homme »)) (Yousouf : 5). Le stratagème blâmable est donc l'effet de l'instigation satanique, du moi instigateur du mal ou encore de l'ébranlement de l'édifice des valeurs qui touche l'être humain en ses profondeurs qu'il soit homme ou femme. En conséquence, l'acte est qualifié du mot "faiblesse", sans contradiction entre les deux qualificatifs de gravité ou de faiblesse, car la qualification de grave désigne son importance par rapport à la faiblesse de sa source et sa qualification de faible en détermine la valeur et en mesure l'impact. C'est pourquoi le stratagème dirigé par les femmes contre Yousouf a été voué à l'échec, car Son Seigneur lui avait exaucé sa prière :((Son Seigneur l'exauça donc et éloigna de lui leur ruse. C'est Lui, vraiment, qui est l'Audiant, l'Omniscient)) (Yousouf : 34).

Sire, Commandeur des croyants ;

La présence de certaines fausses interprétations coraniques relatives à la femme s'explique par la conjoncture sociale et culturelle de leur époque. En effet, l'expansion de l'empire musulman avec l'interaction des diverses cultures rencontrées  en terres conquises ont élargi dans une certaine mesure l'espace entre les significations coraniques initiales et celles inspirées par les facteurs sociologiques, psychologiques et culturels nouveaux. Néanmoins, outre leur caractère jurisprudentiel à titre d'effort personnel, ces interprétations sont loin de provoquer des failles dans le système exégétique légué par la majorité de nos savants.

En effet, la culture répandue chez les Arabes avant l'islam, tout comme dans d'autres sociétés contemporaines, considérait la femme comme  de nature inférieure à l'homme. Cette croyance a ses racines dans la philosophie et les traditions législatives antiques. Dans la Grèce ancienne, berceau de la pensée philosophique, Aristote considère que la femme, dans son aspect biologique, représente la composante « terre » tandis que l'homme représente la composante « âme ». La femelle, selon cette conception, est  donc une faiblesse pour l'humanité car elle représente le triomphe de la matière "terre" sur la substance "âme". Cette tradition aristotélicienne  relative à l'image de la femme a longtemps dominé la culture grecque puis européenne. En témoignent les propos suivants de Spinoza qui affirme : « Si l'on se réfère à l'expérience, la dépendance de la femme par rapport à l'homme est le résultat de sa faiblesse naturelle ». Ces préjugés ont été repris par de grands philosophes occidentaux comme Rousseau, Hegel, Kant et ce malgré leur contradiction avec  les principes logiques et épistémologiques des philosophies qu'ils avaient tant défendu.

Puis il fut tout à fait évident que les principes des droits humains contenus dans ces théories philosophiques, avec l'évolution des sociétés contemporaines, suscitaient des réactions qui commençaient à acquérir quelques contours de l'image brillante de la nature de la femme que le Coran avait présentée bien des siècles avant, notamment la reconnaissance à la fois de l'identité adamique de la femelle et de ses caractéristiques naturelles propres. Il s'agit là d'une attitude moyenne en parfaite harmonie avec les données biologiques et psychologiques  qui admettent l'existence de caractères féminins spécifiques parmi le genre humain en général.
 
Ainsi, cette image éclatante de la femme présentée par le Coran est une preuve parmi tant d'autres du caractère inimitable de ce texte extraordinaire. En effet, le Livre Saint a été le premier à instituer le principe de complémentarité spécifique entre l'homme et la femme, qui est une attitude de juste milieu entre la discrimination et l'égalité spécifiques. Le Coran met en exergue ce principe à travers l'emploi d'un certain nombre de concepts avec en premier lieu, outre celui de femelle, le concept de couple qui désigne l'union, la correspondance et la complémentarité ; l'emploi métaphorique du concept de vêtement(libâs) réciproque qui renvoie à l'intimité et à la vie  durable en commun ; le concept de quiétude qui désigne la complémentarité psychologique manifestée dans le besoin de tranquillité et de stabilité ressenti par l'homme et que lui procure la femme ; le concept d'affection et de compassion qui désigne les sentiments d'amour et de tendresse réciproques éprouvés par les deux conjoints.

Ce principe de complémentarité ne se limite pas à ce qui relève de la qualité féminine de la femme, il constitue aussi une base pour déterminer la fonction de celle-ci avec le sens sociologique dans toute l'ampleur du terme. Cela nous conduit à poser une autre question : l'égalité en matière de rétribution suppose-t-elle une égalité, au niveau des actes, qui nie le caractère spécifique de certaines obligations féminines, et partant, fait de la femme, sans contrainte aucune, l'égale de l'homme vis-à-vis de toutes les prescriptions ? Ou bien le fait, dans le verset, de mentionner les deux sexes : mâle et femelle vise-t-il à mettre en valeur certains traits distinctifs entre les deux ?.

3- La fonction de la femme entre  la vision absolutiste et l'autre restrictive

Le verset ne présente aucune ambiguïté en associant les caractéristiques naturelles et les fonctions propres de la femme. Nous l'avons montré au cours de notre analyse du contexte sur des deux plans, l'un discursif  l'autre au niveau de la parole, où les deux termes « femelle » et « action » ont été joints pour confirmer la règle de la complémentarité exprimée dans : « vous dépendez les uns des autres ». Le but est de résoudre les problèmes susceptibles de surgir à ce propos ou encore de rectifier les fausses  interprétations prêtées à la fonction de la femme, telles qu'elles se sont répandues dans certaines cultures, y compris la culture islamique.

Comme vous le savez, Sire, la conception que les sociétés ont élaborée sur la nature de la femme, a fait sentir son influence sur les fonctions qui lui sont assignées. A ce sujet, l'humanité a connu deux grands principes : le premier, très ancien, est relatif ; le second, moderne, est absolu.

Le premier consiste à limiter les fonctions de la femme à la reproduction et à être au service de l'homme comme serait pour lui un serviteur. Un regard attentif sur l'histoire de l'humanité suffirait pour nous confirmer la prédominance de ce principe dans bon nombre de communautés. Bien plus, ce principe trouvera pour longtemps ses partisans parmi les plus grands philosophes qui ont estimé que la femme n'est pas apte aux sciences les plus hautes, ni à la participation politique comme l'avait avancé Hegel, Spinoza et d'autres.

Le deuxième principe récent, d'aspect absolu, est fondé sur le principe d'égalité totale entre les deux sexes. Il a connu un relatif épanouissement grâce aux efforts des courants existentialistes, structuralistes et pragmatistes. Les tenants de ce principe estiment que la femme a le droit d'annuler toutes les fonctions féminines au profit des masculines y compris les fonctions biologiques sexuelles qu'elle pourrait remplacer par d'autres masculines. C'est là un extrémisme tout à fait contraire à la raison et à la Loi. C'est pourquoi on voit actuellement s'élever des appels de sociologues, de défenseurs des droits humains et même des partisans de l'égalité entre les deux sexes, en faveur de  prises de position plus justes et plus modérées à l'exemple de celle qui accorde l'égalité entre les deux sexes à la théorie de justice basée sur les deux principes suivants : la stabilité et la sociabilité garanties par la notion de famille et confirmés par la psychologie morale. 

Malgré les diverses possibilités d'interprétations auxquelles se prêtent ces principes généraux, cette notion de cellule familiale organisée et ce cadre moral unificateur sont d'une grande importance dans notre religion islamique, car ils préservent la dignité même de la femme , au cas ou son émancipation la porterait à prendre part à des activités scientifiques, sociales ou politiques. Le Coran a déjà présenté un principe qui sauvegarde tout cela d'une manière plus saine et plus progressiste, en l'occurrence le principe de complémentarité des fonctions. J'en dévoilerai les contours à travers quelques concepts coraniques qui, mal interprétés, laisseraient supposer à certains une sorte de discrimination au détriment de la femme. Je mettrai l'accent sur les trois concepts suivants : l'avantage, le rang ou le degré et la charge familiale.

Le concept de différenciation concernant les hommes et les femmes est mentionné dans le verset suivant : (( Ne convoitez pas les faveurs dont Dieu a gratifié certains d'entre vous de préférence aux autres: une part de ce que les hommes auont acquis par leurs oeuvres leur reviendra; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs oeuvres leur reviendra)) (An-Nisâ : 32) ; puis dans le verset 34  ((Les hommes ont autorité sur les femmes du fait que Dieu a préféré certains d'entre vous à certains autres et du fait que les hommes font dépense, sur leurs biens en faveur des femmes)) . Le concept a été interprété comme étant un avantage de l'homme par rapport à la femme en matière de droits juridiques, en particulier sa part plus élevée quand il s'agit d'héritage, de prix du sang ou de butin, son droit à la polygamie contrairement à elle, ainsi que son droit à la répudiation de la femme ou à la reprise de la vie conjugale avec elle.

En examinant le concept d' « avantage » dans le texte coranique intégral, on remarque qu'il est mentionné dix-sept fois dont deux seulement mettent en relation les homme et les femmes. La notion de mérite ou de privilège en général se présente à deux niveaux :
Le premier concerne l'avantage accordé à titre d'honneur aux Fils d'Adam en général sur d'autres créatures :((Certes, Nous avons honoré les Fils d'Adam. Nous les avons portés sur la  terre et sur la mer et Nous les avons placés bien au-dessus de beaucoup de ceux que nous avons créés)) (Al Isrâ : 70).

Le second concerne l'avantage des hommes les uns sur les autres. Il est de deux sortes : le premier est en rapport avec l'aspect naturel lié à la différence des qualités et qui englobe la diversité des couleurs, des ethnies...La différenciation à ce niveau est comparable à celle des plantes aux goûts différents bien qu'elles soient arrosées d'une même eau. Il englobe également la différenciation des gens en matière de subsistance et d'attributions. Dans ce genre de différenciation s'insère aussi l'avantage attribué aux Banoû Isrâîl en choisissant parmi eux le plus grand nombre de prophètes, ce qui renforce la preuve contre eux. Ceci s'ajoute à la différenciation concernant les prophètes dont certains avaient l'avantage sur les autres pour ce qui était de certaines caractéristiques comme les miracles, les souffrances et les épreuves tout en jouissant tous de l'égalité au niveau de la prophétie tel qu'il est confirmé par la parole divine : ((Nous avons élevé certains prophètes au-dessus des autres)) (Al Baqara : 253). Le deuxième niveau de différenciation entre les humains concerne le mérite attribué à chacun selon ses actes, tel que le Coran le mentionne au sujet de la différence entre les humains dans leur efforts soit pour ici-bas soit pour l'au-delà :((Considère comment Nous avons préfèré quelques-uns d'entre eux aux autres. Et dans l'au-delà, il y aura des degrès plus élevés et plus priviligiés)) (Al Isrâ : 21).

De cette manière, Sire, apparaît clairement l'image de la différenciation entre l'homme et la femme. A la lumière du concept dans sa globalité, elle s'insère dans le système des lois divines régissant la création, qui ne se limitent pas à l'homme mais le dépassent pour englober la nature entière. De plus, il ne s'agit pas d'une différenciation au niveau de l'espèce dans sa substance comme celle entre les Fils d'Adam et le reste des créatures, mais il s'agit plutôt d'une différenciation sur le plan des caractéristiques de sorte qu'elles se complètent les unes les autres comme l'évoque le poète dans les vers suivants :

" Les gens,  ruraux et citadins confondus,
Sans le savoir, rendent service les uns aux autres."

Mais à la lumière des deux versets, on voit que le premier comporte des indications sur la différenciation réciproque entre l'homme et la femme. C'est ce qui, d'ailleurs est confirmé à la deuxième partie dudit verset où le verbe « acquérir » renvoie à l'action :((Une part ce ce que les hommes auront acquis par leurs oeuvres leur reviendra; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs oeuvres leur reviendra)) pour laisser entendre que la différenciation se situera au niveau de l'acquis. C'est ce qui justifie la négation par laquelle commence le verset car lorsque le mérite de l'homme dépend de ses actes, personne n'a le droit de s'y opposer. Dans le deuxième verset, l'avantage est basé sur la diversité inhérente à la nature. Dieu a avantagé l'homme sur la femme sur le plan de la force physique. Aussi lui impose-t-Il des obligations qu'il n'impose à elle, ce qui, en conséquence, lui permet d'accéder à des droits auxquels elle n'accède pas. En revanche, Dieu a avantagé la femme en la dotant de caractéristiques qui lui permettent d'accéder à des droits qui ne sont pas attribués à l'homme, comme le droit d'être prise en charge matériellement par celui-ci même si elle en a les moyens, en plus d'autres droits juridiques. La question dans sa globalité ne sort pas du cadre du concept général de différenciation régi par une même loi et une même norme. De plus, ces considérations matérielles n'accordent pas à l'homme un avantage sur la femme et vice versa, car le critère de différenciation se fait selon la norme coranique ainsi que par celle de la sunna et de la piété. Et si l'on établit le lien avec le verset introduisant notre causerie, on retrouvera la même signification.

La notion de rang évoquée par la parole divine suivante : ((Les hommes ont toutefois sur elles prééminence d'un degré ; Dieu est Puissant et Sage)) (Al Baqara : 228), a été interprété comme l'octroi d'un statut supérieur à l'homme honoré par son avantage sur la femme en plusieurs point cités par Ar-Râzî tel que la raison, le prix du sang et l'aptitude à l'imâma. En effet, il affirme ceci : « Si l'avantage de l'homme sur la femme est confirmé pour tous ces points, il est donc évident que celle-ci est similaire à un captif  impuissant entre les mains de l'homme ».

Mais l'analyse contextuelle du concept de « degré » dans le Coran dégage des significations plus riches que cela. Tout au long du texte coranique, le terme    «degré » a dix-huit récurrences dont trois se rapportent à la dimension de l'inconnu avec l'une d'elle qui désigne un attribut divin: (( Il est le Maître des hauts degrés, le Titulaire du trône))(Ghâfir : 15). Les deux autres se rapportent à la différenciation entre les prophètes et les messagers : (( Ces messagers, Nous en avons favorisé certains par rapport à d'autres. Il en est à qui Dieu a parlé. Il en a élevé certains sur d'autre en degrés)) (Al Baqara : 253). Les quinze autres récurrences concernent la différenciation entre les humains dont deux relèvent du domaine de l'échange mutuel de services à titre d'épreuve : (( C'est Lui qui a fait de vous Ses lieutenants sur la terre et Il a élevé certains d'entre vous de plusieurs degrés au-dessus des autres, afin de vous éprouver en ce qu'Il vous a donné)).(Al An‘âm : 165). Le reste des récurrences font référence au sens de la rétribution dans l'au-delà qui est fonction de la valeur des sacrifices déployés et de la  bonne qualité des oeuvres accomplies ici-bas :((Il existe, pour tous les hommes, des degrés en rapport avec leurs oeuvres)) ( Al An‘âm : 132 et Al Ahqâf : 18) ; et le verset 4 de la sourate Al Anfâl : (( Voilà les croyants, véritablement :de hauts degrés les attendent auprès de leur Seigneur, ainsi que belle indulgence et généreuse attribution). Quant au contexte dans lequel s'insère le verset, il se rapporte à des règles concernant le divorce, le délai de viduité et la reprise de la vie conjugale après un premier divorce. Ainsi, le segment relatif à la différenciation fait suite à la parole divine : « Elles ont droit à l'équivalent de ce qui leur incombe selon les convenances » où l'égalité précède l'avantage d'un degré que les hommes ont sur elles.

Le fait d'interpréter la notion de degré à la lumière des deux concepts d'équivalence et de convenances montre que ce degré dépend des normes précitées. La femme a le droit de ne pas être reprise de force en mariage par son ex-mari au cour du délai de viduité sauf s'il recherche la réconciliation. De son côté, la divorcée ne doit pas porter préjudice à son mari, qui cherche à la reprendre, en cachant sa grossesse ou son cycle menstruel. De ce fait le verset établit pour la femme des droits et des obligations qui comportent en contre-partie des droits et des obligations pour l'homme. N'est-ce pas là ce que requiert la justice et la complémentarité? Cette interprétation, comme l'affirme At-Tabarî, est la plus proche du sens explicite du Coran. Cela est confirmé par le terme « équivalent » qui ne signifie pas l'identité totale mais plutôt la ressemblance, l'analogie. Et l'on sait que deux objets équivalents n'ont pas exactement les mêmes qualités. En tout cas, la nature primordiale ainsi que la raison excluent toute égalité absolue en matière de droits ou au niveau des statuts entre les différents espèces, genre ou individus. L'équivalence visée ici n'est pas une égalité au sens mathématique. De plus, dans les relations humaines, la catégorie des obligations n'est pas celle des droits. En effet, le terme « convenance » employé dans le verset confirme que ces règles doivent être mises en application selon les us et coutumes sociales reconnus comme étant conforme à la nature primordiale humaine saine, sans heurts avec les normes de la raison et les finalité de la charia.

Le concept de « convenance » est un élément central dans l'interprétation d'un grand nombre de questions soulevées par les versets qui traitent de la relation entre les hommes et les femmes. Il présente trente-huit récurrences dans le texte coranique, dont la moitié concerne la relation hommes-femmes et se situent pour la plupart dans la sourate Al Baqara. Tous ces versets comportent des règles relatives au mariage, au divorce et à tous les détails qui en découlent, dans le but d'établir une justice garantie par la loi et soutenue par un échange d'affectivité humaine profonde.

A partir de la signification de l'équivalence entre les droits et les devoirs limitée par les convenances d'usage, le sens du terme « degré » s'insère dans un cadre général: celui de la négation de l'identité absolue. C'est dire que l'homme a des obligations qui diffèrent de ceux de la femme comme par exemple la prise en charge matérielle du foyer et la dot ; tout comme il a des droits qui diffèrent de ceux de la femme: par exemple le droit de revenir sur la décision du divorce s'il recherche la réconciliation et le bien. Si l'équivalence est ainsi comprise, le degré est un surplus interprété par Ibn Abbâs en ces termes : « Il s'agit là d'une incitation des homme à un bon comportement conjugal et à la largesse envers les femmes tant sur le plan matériel que moral ». Ibn Atiya, commentant ces propos, affirme que c'est une interprétation excellente. Ce qui veut dire que le degré, plus qu'un avantage en soi ou un supplément en droits, est une qualité morale qui impose à l'homme une bonne conduite conjugale. C'est ce sens même que Tabarî, passant en revue les exégèses relatives au concept de degré, rappelle en ces termes : « La meilleure interprétation est celle d'Ibn Abbâs qui consiste à dire que le degré mentionné dans ce contexte renvoie à la tolérance que doit avoir le mari à l'égard de sa femme pour certaines obligations sans pour autant faillir aux siennes vis-à-vis d'elles ».  On dirait qu'il considère ici le concept de degré dans son sens coranique le plus profond à savoir les degrés les plus élevés atteints par le serviteur vertueux comme récompense pour sa foi et son zèle à accomplir de bonnes oeuvres.

C'est dans ce contexte que se présente le concept de « charge » tel qu'il est mentionné dans le texte coranique : ((Les hommes ont prééminence sur les femmes à raison de ce dont Dieu a avantagé les uns envers les autres et à raison de ce dont ils font dépense de leurs propres biens)) ( An-Nisâ : 34). La phrase comportant la raison de cette charge confirme la réciprocité des avantages : ((...à raison de ce dont Dieu a avantagé les uns sur les autres)). Parmi les avantages des hommes sur les femmes figure la charge relative à la protection et à l'entretien matériel et moral sans pour autant que cela empêche la femme de prendre part à cette responsabilité telle qu'elle est recommandée par le hadith authentique reproduit par Boukharî : « ...et la femme aussi a la charge de son foyer conjugal et en assume la responsabilité ». La charge, interprétée par ailleurs comme soumission de la femme à son mari, est chose admise sous réserve que la notion de soumission reste dans la limite du « convenable » conformément au sens terminologique coranique ((...et qu'elles ne te désobéiront pas en ce qui est convenable)) (Al Mumtahana : 12). Dans ce sens, la soumission devient un acte spontané dicté par les liens d'affection, de tendresse et par le climat de sérénité offert par la vie conjugale. Quant au fait de considérer la charge comme étant une qualité positive propre à l'homme, c'est une interprétation qui sort du contexte du verset.

Si ces concepts de degré, de différenciation, de charge, de convenable et de soumission avaient été rattachés à d'autres tels que femelle, couple, sérénité tout en les abordant en tant que champ terminologique structuré et complémentaire, les problématiques d'absolu et de restriction concernant la fonction de la femme n'auraient pas existé. Par conséquent, on verra se confirmer :

1-L'absurdité de limiter l'action de la femme, dans la sphère humaine, à des fonctions biologiques.

2-La possibilité de faire participer la femme à l'action dans son sens global qui signifie l'action positive tant en ce qui relève du religieux que du séculier.

3-L'abération à vouloir appliquer le principe de l'absolu en matière de fonction en abolissant toutes les fonctions biologiques féminines comme la grossesse, l'allaitement au profit de toutes les fonctions masculines. Ceci s'explique, bien entendu par l'absence de similitude absolue entre mâle et femelle en plus de l'application du principe de complémentarité fonctionnelle qui contribue à maintenir cet équilibre requis aussi bien pour le régime familial que pour la structure communautaire elle-même. De ce fait, nous n'avons pas à nous étonner de voir certaines prescriptions législatives propres aux femmes et tenant compte de leurs caractéristiques biologiques, puisque la diversité caractérisant la fonction dépend de l'état de celui qui l'assume, qu'il soit mâle ou femelle, y compris la diversité que connaît chacune des deux catégories en soi.

Certes la gestion des affaires familiales est au centre des occupations de la femme car celle-ci a la charge du foyer conjugal et en assume la responsabilité. Néanmoins, cela ne devrait pas l'empêcher de participer à l'activité scientifique, sociale ou politique  dans le cadre du convenable reconnu par la charia, de la recherche du bien, de l'entraide pour la bienfaisance et de la piété qui mènent aux degrés les plus élevés. La question d'Oumm Salama au sujet de l'évocation des femmes dans le contexte de la hijra nous rappelle cette grande action politique qui n'a d'égal que l'initiative de la femme à présenter son allégeance au Prophète-Dieu le bénisse et le sauve- en tant que chef de l'Etat musulman :((O Prophète ! Quand les croyantes viennent te prêter le serment d'allégeance selon lequel elles n'associeront rien à Dieu, ne voleront pas, ne commettront pas l'adultère, ne tueront pas leurs nouveau-nés, ne tenteront pas d'attribuer à leur mari la paternité d'enfants illégitimes, ne te désobéiront pas en ce qui est convenable, accepte leur allégeance et implore en leur faveur le pardon de Dieu. Dieu est, certes, le Pardonneur, le Miséricordieux)) (AL Mumtahana : 12). Cela prouve bien que la femme jouit d'une personnalité juridique autonome. De ce fait elle est un membre actif dans toutes les institutions sociales, économiques et scientifiques de la oumma ; ceci outre son rôle religieux et éducatif qui élargit le champ de ses fonctions sociales sans limites autres que celles de la foi, de la respectabilité et des bonnes qualités morales. Et cela, semble-t-il, fait partie des signaux subtils que le Coran émet en citant la femme comme parabole pour l'homme aussi  bien croyant que non croyant  en disant dans un premier verset: ((Dieu a cité en parabole pour ceux qui n'ont pas cru la femme de Noé et la femme de Loth)) (At-Tahrîm : 10), puis dans le verset suivant : (( Et Dieu a cité en parabole pour ceux qui croient, la femme de Pharaon)) (At-Tahrîm : 11). C'est pourquoi il nous faut considérer les droits et les devoirs dans le cadre d'une conception globale fondée sur le juste milieu, la modération et la complémentarité, sans oublier que le Coran a traité ces questions à travers les concepts de soumission à Dieu- que soit exaltée Sa Transcendance-, de lieutenance, de piété, d'accomplissement de bonnes oeuvres et de rétribution. On ne pourrait comprendre les uns sans les autres. C'est là une autre caractéristique de la corrélation entre les concepts coraniques.

En conclusion, Sire, c'est le principe de complémentarité spécifique confirmé par le verset introduisant cette causerie, l'esprit de juste milieu, et d'équilibre dégagé des concepts coraniques relatifs à la nature et aux fonctions de la femme qui ont orienté le code de la famille. Il s'agit en fait de l'une de ces manifestations de l'authenticité marocaine dont vous avez levé l'étendard pour la défense de la religion et de la société. Ce code apportera sans doute au régime de la famille une stabilité et une reconnaissance unanime, la prise en compte par la théorie de l'égalité des deux sexes, n'ayant été faite qu'après avoir établi le lien entre la question de la femme et la théorie de la justice, de la stabilité et du système de la psychologie morale contemporaine.

En effet, Sire, c'est là le fruit de votre attachement au Livre Saint, de votre écoute de ses sages paroles et de votre volonté de faire entendre la voix de la femme à tous les niveaux. Au fait, la révélation du verset objet de cette causerie est venue en réponse à la question d'Oum Salama(Dieu l'agrée) sur la rétribution des femmes pour leur hijra vers Médine. Le verset confirme donc que la voix féminine est entendue dans notre religion : entendue pour que lui soit réservée, les degrés qu'elle aura  mérités dans l'au-delà grâce à ses œuvres, et entendue aussi quand elle se plaint vers le Très Haut et proteste auprès du Prophète à propos de l'un de ses droits légitimes.

Que Dieu vous préserve, Sire, et vous accorde puissance, grâce à Son Livre et à la Tradition de Son honorable Prophète. Dieu fasse que vous soyez un inlassable protecteur des ulémas. Qu'Il vous procure réjouissance dans le prince héritier Moulay Hassan, qu'Il vous accorde assistance dans votre frère le prince Moulay Rachid ainsi que dans le reste de Votre noble famille. Certes, Il entend et exauce nos prières.

Seigneur, faites que le Coran soit la réjouissance de nos cœurs, la lumière de notre vue, le guide de notre intuition, le moyen de chasser nos soucis. Seigneur, faites que le Coran soit l'instrument de notre impeccabilité, de l'unité de notre oumma. Seigneur, nous Te prions de procurer la paix à notre patrie, d'élargir Tes grâces pour nous, et de nous accorder Ta Miséricorde, certes, Tu es le plus Miséricordieux.

Et au Commandeur des croyants de conclure. 

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