Code civil de la famille

DROITS PLURIELS - N° 11 - Mars 1999

LE CODE CIVIL DE LA FAMILLE AU MAROC
PERSISTANCE DE L'ARCHAISME ET DETERMINATION DES FEMMES

Le code civil de la famille au Maroc est le plus archaïque de tout le monde arabe : tutelle du père et du mari, minoration des droits, répudiation, inégalité des droits face au divorce, à la polygamie…
Malgré la révision de la " Moudawana " en 1993 et les revendications incessantes de toutes les organisations féminines, le code civil marocain légalise l’infériorité de la femme marocaine, au mépris des règles élémentaires des droits des citoyens.

L’année passée, les organisations féminines marocaines se sont mobilisées, toutes tendances confondues, pour organiser une grande marche le 8 mars, jour de la femme. Mais, celle-ci n’a pas eu lieu, sur la demande du premier ministre socialiste, alors fraîchement désigné.
Monsieur Youssoufi leur avait demandé de la différer en les assurant de son soutien… Plus d’un an après sa nomination, monsieur Youssoufi n’a pas encore pu amener le débat au Parlement sur des questions de droit aussi élémentaires  que la procédure de séparation, le droit au domicile conjugal, garde d’enfants, l’abrogation de la polygamie et de l’ obligation juridique " d’obéissance " au mari... d’autant que ces lois traversent les frontières et placent la femme marocaine immigrée dans des situations parfois dramatiques : les femmes rejoignantes sont tributaires du séjour de leurs maris. S’ il y a divorce, celle-ci peut se retrouver en situation irrégulière. Les jeunes filles de moins de 18 ans, nées en France, même en ayant acquis la nationalité française, sont sous le joug du père : pendant les vacances au Maroc, il peut les marier et leur interdire de retourner en France…

La femme marocaine se trouve emprisonnée dans des lois injustes qui s’expliquent par la persistance de l’ Etat de non - droit au Maroc.
Ce n'est pas un hasard si c'est le régime marocain qui, malgré sa façade libérale démocratique, vitrine pour l'Occident, applique le statut personnel le plus rétrograde car la reconnaissance de la légitimité des droits de la femme ébranle son "autorité sur ses sujets". Le gouvernement socialiste se doit de légiférer en la matière.

 

DETERMINATION DES FEMMES

Malgré une loi archaïque, la femme marocaine s’impose par tous les moyens dans son pays comme à l’étranger. Comme le disait notre camarade Abdelghani Bousta :" La " Moudawana " continue à enchaîner juridiquement la femme marocaine. Mais la réalité a largement dépassé ce carcan juridique. La femme continue à jouer son rôle économique et sociale défiant lois, injustices et inégalités. A la campagne, elle cumule travail au champ et tâches ménagères. Les coopératives féminines se multiplient en milieu rural couvrant divers domaines. Les citoyennes les plus défavorisées et potentiellement analphabètes prennent en main leur destin. A la ville, la femme assure son rôle d’épouse et de mère tout en exerçant son métier d’avocate, d’ingénieur, de commerçante ou d’ouvrière d’usine. Les femmes marginalisées par le chômage et la précarité investissent le secteur informel exerçant toutes sortes d’activités pour survivre et subvenir aux besoins vitaux de leurs familles. Le hiatus entre le juridique et la réalité ne peut subsister indéfiniment sans problème. (Droits Pluriels. Avril 1998).

Le combat que mènent les femmes marocaines pour la reconnaissance de leurs droits est partie intégrante de leur combat pour l’égalité sociale, l’instauration d’un Etat de droit et pour une citoyenneté véritable pour tous : libre expression, participation aux décisions locales et nationales, participation à des élections saines et non falsifiées et truquées… Son combat est celui de tout démocrate.

 

COMBATTRE LES SEQUELLES DU PASSE

Le changement du statut de la femme dans le code civil reste une revendication majeure qui doit être portée par tous les démocrates, hommes ou femmes.
Mais, le combat de la femme où qu'elle se trouve ne peut se suffire de certains acquis dans son statut personnel, il est nécessairement un combat pour la Démocratie non seulement dans les pays dits "sous développés" mais encore en Occident où l'application de la loi est en deçà de sa lettre. Une véritable Démocratie doit reconnaître dans les textes comme dans les faits et mentalités les droits du citoyen et l'égalité entre les sexes. La Démocratie ne se décrète pas sans les hommes et les femmes qui combattent pour elle.

D'autre part, même s'il y a développement socio-économique dans un pays, même si l'on est, actuellement dans une ère de développement (et même de révolution) technologique important, les mentalités, les habitudes culturelles n'évoluent pas au même rythme.

Aussi, l'évolution du statut professionnel de la femme marocaine est plus rapide que celle des mentalités. L'idéologie dominante féodale ou bourgeoise fait sournoisement plus de dégâts peut-être que la politique socio-économique entretenue. Elle s’enracine dans les comportements de chacun. Il n'est pas facile de se débarrasser des séquelles d'une éducation patriarcale ou bourgeoise, une éducation qui, pendant des siècles a instauré la domination de classes certes, mais aussi la domination masculine. Se désaliéner de tout cela, nécessite de notre part, femmes et hommes un combat permanent contre toutes les inégalités mais aussi un combat sur nous-mêmes, sur les habitudes héritées du passé.

C'est la bataille que doit mener tout vrai démocrate et qui doit s'inscrire dans notre comportement quotidien. Il ne s'agit pas seulement de prôner des choix politiques et idéologiques justes (et parfois avant–gardistes) sans adapter l'homme à ces choix ; la véritable démocratie et l’égalité ne peuvent se construire solidement en maintenant les structures mentales du passé. Le rôle des militants démocrates doit, dans ce domaine, montrer l'exemple. Même si beaucoup d’entre eux reconnaissent politiquement et socialement l'égalité entre les sexes, ont-ils (elles) véritablement chassé les séquelles de l'éducation féodale ?

La valorisation de toute avancée sociale doit se situer dans ce cadre. Les luttes déterminées que mènent les femmes et les hommes pour des acquis de justice sont des moyens réels pour se débarrasser des séquelles du passé. L’évolution sociale et économique y contribue aussi lorsqu’elle revêt le caractère d’un développement véritable mais non de façade. D'une manière ou d'une autre, toute évolution, tout acquis ne peut que contribuer à changer les relations entre les hommes et les femmes.

En Occident, certaines inégalités n'ont pu s'estomper que grâce au combat que les peuples (hommes et femmes) ont pu mener contre l'autocratie, l'injustice et pour les Droits de l'Homme. Le changement des mentalités ne peut véritablement s'opérer, quant à lui, que grâce à un combat quotidien sur nous-mêmes au delà du combat politique pour une justice sociale.

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